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Éditorial : Prise en charge du cancer féminin en RDC, un combat au cœur de la santé publique 

 

Version actualisée, octobre 2026

 

Publié initialement Avril 2026, cet éditorial a été actualisé pour cette nouvelle publication.

 

 

Dans un pays où les défis de santé publique restent nombreux, la lutte contre les cancers féminins constitue une urgence silencieuse. En République démocratique du Congo, et particulièrement à Kinshasa, des milliers de femmes font face chaque année à un diagnostic souvent tardif, à des soins difficilement accessibles et à une maladie encore entourée de tabous.

 

Le cancer du sein et le cancer du col de l’utérus demeurent les deux formes de cancer les plus fréquentes chez les Congolaises. Selon les données de GLOBOCAN 2024, reprises par les autorités congolaises, le pays enregistre chaque année plus de 9 700 nouveaux cas de cancer du sein et plus de 11 200 cas de cancer du col de l’utérus. Ces deux pathologies représentent ainsi près de 21 000 nouveaux cas annuels, un bilan qui appelle une réponse sanitaire à la hauteur de l’enjeu.

 

Le diagnostic tardif reste l’un des principaux obstacles à la survie des patientes. Beaucoup de femmes consultent lorsque la maladie est déjà à un stade avancé, faute d’information, de dépistage régulier ou d’accès à des structures de santé adaptées. Cette réalité transforme des cancers qui peuvent être prévenus ou traités lorsqu’ils sont détectés à temps en véritables drames familiaux.

 

L’accès aux soins oncologiques demeure également inégal entre Kinshasa, les grandes villes et les provinces. Les infrastructures spécialisées restent insuffisantes, les équipements de diagnostic et de traitement sont limités, tandis que le coût des examens et des thérapies reste prohibitif pour une grande partie de la population. Face à ces contraintes, certaines patientes renoncent à poursuivre leur prise en charge, aggravant ainsi les risques de complications et de décès.

 

Des professionnels de santé alertent régulièrement sur cette situation. En février 2026, à Goma, le gynécologue-obstétricien Deogracias Ngabo alertait déjà sur la présence de signes suspects de cancer chez certaines patientes venues consulter pour des troubles du sein. Ce constat illustre l’importance du dépistage précoce, mais aussi la nécessité d’un accompagnement médical et psychologique adapté aux femmes concernées.

 

Des initiatives commencent toutefois à se multiplier. Campagnes de sensibilisation, consultations de dépistage, cliniques mobiles et formation d’agents de santé communautaires contribuent à rapprocher les services des populations. En octobre 2026, une campagne de dépistage et de prise en charge visant 3 000 femmes a été lancée à Kinshasa, au camp colonel Tshatshi. Ces actions sont essentielles, mais elles doivent s’inscrire dans une stratégie durable et financée de manière constante.

 

Le Gouvernement a fait de la lutte contre le cancer l’une des priorités de la Couverture santé universelle. La stratégie nationale réactualisée pour la période 2024-2029 vise à renforcer la prévention, le dépistage, le diagnostic et la prise en charge des cancers du sein et du col de l’utérus. L’introduction progressive du vaccin contre le papillomavirus humain (VPH), destiné aux filles âgées de 9 à 14 ans dans un objectif de prévention du cancer du col de l’utérus, a été annoncée pour le quatrième trimestre 2026. À la mi-octobre, nous n’avions pas trouvé de confirmation officielle du démarrage effectif de cette vaccination. 

 

Cette vaccination, si elle devenait effective, devrait cependant s’accompagner d’une mobilisation soutenue : information des familles, disponibilité des vaccins, formation du personnel de santé et suivi rigoureux de sa mise en œuvre. De même, les annonces politiques ne suffiront pas si elles ne se traduisent pas par des ressources humaines, matérielles et financières suffisantes dans les hôpitaux et les centres de santé.

 

La prise en charge du cancer féminin en RDC exige donc un engagement collectif. L’État doit garantir l’accès aux soins et renforcer les infrastructures ; les partenaires techniques et financiers doivent accompagner les programmes de prévention et de traitement ; les médias, les communautés et les familles doivent contribuer à briser le silence autour de la maladie.

 

Chaque jour compte. Sensibiliser, dépister tôt, traiter et accompagner les patientes peuvent sauver des vies. Il est temps de faire de la santé des femmes une priorité tangible, au-delà des discours, car derrière chaque statistique se trouve une mère, une fille, une épouse ou une sœur dont la vie mérite d’être protégée.

 

 

 

 

Clotilde Mudosa