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Éditorial : Prise en Charge du Cancer Féminin en RDC, Un Combat au Coeur de la Santé Publique
 

 

 

Dans un pays où les défis en matière de santé publique sont nombreux, la prise en charge du cancer féminin se révèle être un enjeu crucial. En République Démocratique du Congo, et particulièrement à Kinshasa, les femmes sont confrontées à des réalités alarmantes face à cette maladie souvent perçue comme un tabou.

 

Le cancer du sein et le cancer du col de l'utérus sont les deux types de cancers les plus répandus chez les femmes en RDC. Selon le Centre National de Lutte contre le Cancer (CNLC), plus de 20 000 nouveaux cas de cancers féminins sont enregistré par an dans le pays. Parmi ces cas, environ 7 000, soit 25% concernent le cancer du sein et 8 000, soit 29% le cancer du col de l'utérus, comme l’a précisé le Ministre de la Santé, Dr Roger Kamba, en 2025. Malheureusement, le diagnostic tardif reste un problème majeur. Le taux de mortalité s’élève à 71,4 %, ce qui représente environ 37 575 décès sur les 52 612 cas diagnostiqués annuellement dans le pays. Ces chiffres alarmants soulignent l’urgence d’une action concertée pour améliorer la détection et le traitement des cancers féminins.

 

L'accès aux soins oncologiques à Kinshasa et d'autres villes de la RDC est entravé par plusieurs facteurs. D'une part, les infrastructures médicales sont souvent insuffisantes et mal équipées pour traiter le cancer. D'autre part, le coût des traitements demeure prohibitif pour une grande partie de la population. De nombreuses femmes, faute de moyens financiers, renoncent à se faire soigner, ce qui accentue le cycle de la souffrance et de la mort. Des voix s'élèvent pour témoigner de ces réalités. Dr Deogracias Ngabo, gynécologue-obstétricien à Goma, a récemment alerté sur une situation préoccupante : entre 10 et 20 % des patientes se présentant à son hôpital pour des troubles du sein présentent des signes évocateurs d'un cancer du sein. "Actuellement, sur six patientes examinées, deux montrent des symptômes suspects". Cette réalité met en lumière le besoin urgent d'une meilleure prise en charge et d'un soutien psychologique pour les femmes touchées.

 

Face à cette situation, plusieurs ONG et initiatives locales commencent à émerger. Des campagnes de sensibilisation sont mises en place pour informer les femmes sur les signes précoces du cancer et l'importance du dépistage. Des cliniques mobiles offrent des consultations gratuites, et des programmes de formation sont lancés pour former des agents de santé communautaire. Pourtant, ces efforts doivent être soutenus par une volonté politique forte. Le gouvernement congolais a confirmé que la lutte contre le cancer est une priorité de la Couverture Santé Universelle (CSU). Cette politique active inclut la gratuité des soins pour les patientes et l’introduction de la vaccination contre le papillomavirus humain (VPH) dès 2026 pour les jeunes filles, un pilier essentiel de la stratégie nationale visant à éliminer le cancer du col de l'utérus.

 

Cependant, malgré ces initiatives prometteuses du gouvernement, il est crucial de reconnaître qu'il manque encore des actions concrètes et efficaces sur le terrain. Les campagnes de sensibilisation et les cliniques mobiles, bien qu'importantes, ne suffisent pas à elles seules à transformer la réalité des femmes touchées par le cancer. Il est impératif que des ressources suffisantes soient allouées pour renforcer les infrastructures de santé, garantir l'accessibilité des traitements et assurer un suivi psychologique adéquat. La lutte contre le cancer féminin en RDC nécessite un engagement collectif et des mesures tangibles qui vont au-delà des discours. Chaque jour qui passe sans action concrète met en péril la vie de milliers de femmes, et il est temps que cette urgence soit pleinement reconnue et adressée.

 

La prise en charge du cancer féminin à Kinshasa et d'autres coin de la RDC est un défi qui nécessite une action collective. Entre sensibilisation, accès aux soins et soutien psychologique, chaque acteur de la société a un rôle à jouer. Il est temps de briser le silence autour de cette maladie et de donner aux femmes les moyens de se battre pour leur santé. La vie de milliers de femmes en dépend.

 

 

 

Clotilde Mudosa