
Les opinions entre frères et sœurs congolais n’ont jamais été opposées comme il en est le cas sur l’avenir de la Constitution. Ce débat, qui devrait relever du strict cadre institutionnel, a pris les allures d’un affrontement national, révélant au grand jour les lignes de fracture d’un pays qui peine encore à parler d’une seule voix. Dans un État aussi vaste, aussi stratégique et aussi riche de promesses que la République Démocratique du Congo, la Constitution n’est plus seulement un texte fondamental : elle est devenue le symbole des tensions, des méfiances et des ambiguïtés qui travaillent la nation.
Ce grand État au cœur de l’Afrique a toujours raté l’occasion de se constituer en véritable cœur du continent à cause de l’inadvertance politicienne qui caractérise le gouvernant depuis la dernière décennie de la Deuxième République à ce jour, en passant par les deux transitions, considérées comme telles à cause des turbulences généralisées et suspicions d’illégalité dont elles souffraient, celle de 97 à 2001, celle de 2001 à 2006. À chaque séquence, le pays a semblé avancer sans jamais vraiment se stabiliser, comme si l’histoire institutionnelle de la RDC se construisait davantage dans la rupture que dans la continuité. Les transitions successives, au lieu de refermer les blessures du passé, ont souvent prolongé les incertitudes, nourri les soupçons et entretenu une gouvernance de circonstance plutôt qu’un véritable projet d’État.
Le régime de 2006 à 2016, affecté par le glissement de deux ans qui a abouti aux élections de 2018, a été fortement affecté par des contestations de tout genre, œuvre de multiples dissidences internes du régime. Fervent allié devenu ennemi juré se sont curieusement retrouver encore successivement partenaire et opposant ferouche du régime actuel. Autre cause du mauvais virage vers le rendez-vous de la grandeur auquel aspirer le pays de Lumumba. Cette instabilité répétée, ces revirements spectaculaires et ces alliances sans lendemain ont profondément affaibli la crédibilité de la classe politique. Ils ont aussi installé dans l’opinion l’idée d’un pouvoir plus préoccupé par la survie conjoncturelle que par la construction d’un avenir collectif. Dans ce contexte, toute discussion sur l’avenir de la Constitution ne peut qu’exacerber les inquiétudes, tant elle touche à la fois au pouvoir, à la légitimité et à la peur d’un nouvel épisode de déstabilisation.
Tout ce qui précède affaibli les chances de se réléver pour cet éléphant (RDC) de plus en plus consideré comme inoffensif par les petits animaux de la forêts (La sous région de grand lac). Résultats des incomptables erreurs de stratégies et absence de leadership imposant. Cette image d’un géant devenu vulnérable résume à elle seule le malaise congolais. La RDC, pourtant dotée d’un potentiel considérable, semble encore trop souvent prisonnière de ses hésitations, de ses calculs internes et d’un déficit de leadership capable de rassembler, d’orienter et d’imposer une vision durable. À force d’erreurs stratégiques et d’occasions manquées, le pays continue de voir son rang contesté, y compris dans un environnement régional où son poids devrait naturellement s’imposer. L’enjeu n’est donc pas seulement constitutionnel ; il est historique. Il concerne la capacité du Congo à se réinventer avant que ses fragilités ne deviennent irréversibles. À suivre...
Clotilde Mudosa
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