
En cette période dédiée à la Journée internationale de la femme, le regard se tourne vers un bastion de l’économie agricole congolaise : l’Office National des Produits Agricoles du Congo (ONAPAC). À sa tête depuis 2023, un duo de dirigeantes, Mimy Monga Numbi (directrice générale) et Berthe Kenedi Isakong (directrice générale adjointe), incarne aujourd’hui une volonté explicite de reprendre en main une filière stratégique longtemps fragilisée par la désorganisation et la déperdition de revenus.
L’ONAPAC, évolution de l’ancien Ozacaf, est chargé de réguler et de promouvoir les principales productions pérennes du pays : café, cacao, thé, caoutchouc, entre autres. Sous le tandem féminin, l’institution se présente comme un levier de souveraineté agricole, visant à mieux contrôler les flux, renforcer la traçabilité et augmenter la valeur ajoutée des produits agricoles avant leur sortie du territoire.
Selon plusieurs rapports, ce redressement pourrait se traduire par des gains significatifs, à l’image de chiffres annonçant une hausse drastique du volume de cacao contrôlé par l’ONAPAC, passant de quelques milliers à des dizaines de milliers de tonnes en peu de mois, avec des retombées estimées à plus d’une centaine de millions de dollars pour l’État.
Au-delà des chiffres, symboliquement, la présence de deux femmes à la tête de l’ONAPAC au moment où le pays célèbre la femme prend une portée politique. Mimy Monga Numbi et Berthe Kenedi Isakong ne sont plus simplement des figures de circonstance, mais des actrices centrales dans la gestion de secteurs qui ont longtemps été dominés par des réseaux masculins et fermés.
Leur profil, leur ton parfois ferme, Mimy Monga Numbi a, par exemple, dénoncé publiquement des réseaux qu’elle qualifie de « mafia » siphonnant des centaines de millions de dollars) et leur volonté de réformer les pratiques internes positionnent l’ONAPAC comme un terrain de bataille entre réforme institutionnelle et résistance des intérêts établis.
La charge de l’ONAPAC reste néanmoins complexe : fluidifier le commerce, sécuriser les revenus de l’État et protéger les producteurs, tout en négociant avec des lobbies puissants et des acteurs de terrain souvent hostiles à tout contrôle centralisé. Le tandem féminin doit aussi gérer les tensions internes, parfois mises en lumière par la presse, autour de la répartition des rôles entre le conseil d’administration et le comité de gestion.
Dans ce contexte, le « mars de feu » célébré par certains médias peut être lu comme un appel à mieux valoriser le travail et les actions des femmes de décision dans les institutions économiques, tout en rappelant que la professionnalisation des administrations publiques, en RDC, ne se joue pas seulement sur la compétence, mais aussi sur la manière dont le leadership féminin est soutenu, reconnu et protégé au quotidien.
Clotilde Mudosa
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