
La République démocratique du Congo a participé, du 15 au 17 septembre 2026 à Genève, au Forum public 2026 de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), où elle a exposé ses réformes en matière de numérisation des procédures commerciales et défendu une position plus ferme sur la gouvernance des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques. La délégation congolaise, conduite par le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a pris part à quatre panels, dont une table ronde de haut niveau sur l’accès au numérique et aux opportunités économiques, ainsi qu’une session sur les minerais critiques.
La RDC a mis en avant la dématérialisation progressive des formalités liées au commerce extérieur. Selon les chiffres présentés à Genève, 93 des 98 documents requis pour les opérations d’import-export sont désormais traités électroniquement, tandis que le numéro import-export est entièrement dématérialisé. Cette avancée repose sur la transmission électronique des données entre le système informatique du Guichet unique intégral du Commerce Extérieur (GUICE) et celui de la Direction générale des douanes et accises (DGDA), Sydonia World. Le lancement récent du Portail d’Informations Commerciales de la RDC a également été annoncé, avec l’objectif de renforcer la transparence et l’accès des opérateurs aux données sur les échanges.
Dans le domaine de la création d’entreprises, le Guichet Unique affiche une réduction drastique des délais, ramenés de plus de 45 jours à 48 heures, une réforme que le gouvernement présente comme un levier de formalisation du secteur privé. Les marchés publics sont également gérés via un système intégré visant à dématérialiser les procédures et à limiter les risques de corruption. Sur le plan du cadre juridique, la RDC s’est dotée, depuis 2023, d’un Code du numérique, un texte destiné à encadrer la transformation digitale de l’économie. Selon les données du ministère de l’Économie numérique, le pays affiche un taux d’accès à Internet de 34%, tandis que 67% de la population a accès au téléphone, des indicateurs qui montrent à la fois les progrès réalisés et le chemin restant pour une inclusion numérique plus large.
Sur le plan minier, la délégation congolaise a rappelé que la RDC assurait 74% de la production mondiale de cobalt minier en 2025, ce qui en fait un acteur central dans l’approvisionnement mondial en minerais critiques nécessaires à la transition énergétique. Les autorités ont insisté sur la nécessité de passer d’une logique d’extraction à une logique de transformation locale et de création de valeur ajoutée, afin de transformer cet avantage comparatif en puissance économique. Elles ont également évoqué les efforts en cours pour assainir le secteur minier, notamment à travers la traçabilité des minerais et la lutte contre la présence des enfants et des femmes dans les carrés miniers, dans le but de garantir la conformité des minerais congolais avec les standards internationaux.
Face aux tensions géopolitiques qui affectent les chaînes d’approvisionnement, la RDC a appelé les Pays les Moins Avancés (PMA) à renforcer leurs initiatives locales pour réduire leur vulnérabilité. Plusieurs recommandations ont été adressées à l’OMC : veiller à ce que les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) ne deviennent pas de nouvelles barrières tarifaires contre les PMA ; supprimer l’escalade tarifaire, c’est-à-dire les droits de douane élevés imposés aux produits transformés en Afrique, qui découragent l’industrialisation du continent ; et construire une posture strictement gagnant-gagnant dans les relations commerciales.
En marge des panels, la délégation congolaise a mené une série de rencontres avec des responsables européens et des institutions internationales, dont des représentants de la Finlande, de la Suède, de la CNUCED et du secteur privé, ainsi que des acteurs appelés à prendre la tête du futur Centre Africain de Développement Minier (CADM). Ces échanges ont porté sur les opportunités d’investissement dans les secteurs du numérique, des mines et de la transformation locale, dans un contexte où la RDC cherche à attirer des partenaires pour accompagner sa stratégie de diversification économique.
La participation de la RDC à cette édition du Forum public de l’OMC s’inscrit dans une volonté de faire valoir ses réformes commerciales, mais aussi de négocier les conditions d’un accès plus équitable aux marchés pour ses produits transformés. Les autorités congolaises ont réaffirmé leur souhait de passer d’une logique d’aide à des partenariats économiques, tout en reconnaissant que la mise en œuvre effective des réformes annoncées et la réduction des contraintes structurelles restent des défis majeurs pour concrétiser cette ambition.
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