
La République démocratique du Congo vient d’obtenir la vice-présidence du Comité économique de l’Organisation internationale du cacao (ICCO) pour la campagne 2026-2027, à l’issue de la 114ᵉ session ordinaire du Conseil de l’institution, tenue à Abidjan. Cette désignation, une première pour Kinshasa, offre à la RDC un siège stratégique dans une instance qui examine les statistiques, les tendances du marché et les grands équilibres entre offre et demande, avant de formuler des recommandations sur la durabilité et la compétitivité de la filière.
La responsabilité congolaise est assumée par l’Office national des produits agricoles du Congo (ONAPAC), qui représente le pays auprès de l’ICCO, sous la conduite de sa directrice générale, Mimy Monga Numbi. Dans une organisation structurée autour de deux collèges – pays producteurs/exportateurs d’un côté, pays consommateurs/importateurs de l’autre –, cette vice-présidence place un État producteur africain en position de co-piloter les travaux économiques qui orientent les politiques du cacao au niveau mondial.
Pour la RDC, l’enjeu dépasse le seul prestige institutionnel. À travers ce mandat, Kinshasa dispose d’une tribune pour porter des dossiers structurants : rémunération des planteurs, compétitivité des filières, transformation locale, durabilité environnementale et juste valorisation du cacao sur les marchés internationaux. La position obtenue permet également de mieux articuler les intérêts des producteurs africains face aux grands consommateurs et transformateurs, dans un contexte où les règles du commerce mondial du cacao sont de plus en plus influencées par des normes sanitaires, environnementales et de traçabilité.
Cette avancée intervient alors que le marché traverse une phase de forte volatilité. Après une flambée historique des cours, les prix ont amorcé une correction, sous l’effet d’une amélioration des livraisons en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, et d’une hausse des stocks dans les entrepôts de l’ICE, qui ont atteint un niveau élevé, exerçant une pression à la baisse sur les cours. Les contrats à terme sur le cacao se négociaient ainsi autour de 5 700 dollars la tonne mi-septembre, leur plus bas niveau depuis mi-août.
Les perspectives pour la campagne 2026-2027 restent toutefois marquées par de fortes incertitudes. Les maladies des cacaoyers, les précipitations excessives et les effets possibles d’El Niño sur les conditions climatiques au Ghana et en Côte d’Ivoire font craindre des récoltes moins abondantes en Afrique de l’Ouest, région qui concentre à elle seule près de 60% de la production mondiale. Certains acteurs du secteur, comme le malaisien Guan Chong, quatrième broyeur mondial, anticipent un déficit structurel de l’ordre de 400 000 tonnes pour 2026-2027, tandis que d’autres observent un surplus qui pourrait se réduire progressivement, maintenant une grande prudence sur l’évolution des cours.
C’est dans ce contexte de recomposition que la RDC exercera sa vice-présidence. Au-delà de la présence formelle dans les instances, Kinshasa va désormais contribuer activement aux analyses et aux recommandations qui orienteront les politiques de prix, de transformation et de durabilité du cacao au niveau international.
Cette responsabilité s’inscrit dans la stratégie nationale de diversification de l’économie et de valorisation du potentiel agricole, portée par le président Félix-Antoine Tshisekedi. Le cacao y est identifié comme un produit clé pour créer de la valeur ajoutée, améliorer les revenus des producteurs et renforcer le rayonnement économique du pays.
Pour l’ONAPAC, cette vice-présidence consolide le rôle de l’office comme acteur institutionnel de référence dans la promotion et le développement de la filière cacao congolaise. Désormais, la RDC ne se limite plus à produire des fèves : elle prend part aux décisions qui définissent les règles économiques de la filière, au moment où le marché mondial traverse une phase de rééquilibrage majeure.
Cette désignation s’inscrit dans la volonté affichée par les autorités congolaises de renforcer la présence de la RDC dans les organisations internationales et les filières économiques stratégiques. Le président Félix-Antoine Tshisekedi a récemment appelé le Gouvernement à miser davantage sur le soft power afin d’améliorer la perception du pays et de renforcer son influence dans les espaces de décision. La vice-présidence du Comité économique de l’Organisation internationale du cacao pour l’année 2026-2027 constitue ainsi une nouvelle opportunité pour la RDC de faire valoir ses intérêts dans la gouvernance de la filière cacaoyère.
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