
En République Démocratique du Congo, les violences basées sur le genre (VBG) touchent des milliers de femmes et filles chaque année, particulièrement dans les zones de conflit à l’Est du pays. Me Daniella Nechi, avocate au barreau du Nord-Kivu, défenseure des droits humains et experte en genre et cohésion sociale, alerte sur ce drame. Coordinatrice de l'ASBL Initia Congo Debout (ICD), elle identifie le viol comme la forme la plus courante de VBG dans ces régions, utilisé comme une arme de guerre omniprésente.
Selon les rapports des Nations Unies, plus de 40% des femmes ont subi des violences physiques ou sexuelles au cours de leur vie, avec une explosion des cas dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Malgré les lois de 2009 et 2016 criminalisant ces actes, l’impunité domine, laissant les victimes sans justice ni soutien. Dans les camps de déplacés de l’Ituri et du Nord-Kivu, les attaques nocturnes contre les femmes se multiplient, souvent par des groupes armés ou des éléments des forces de l’ordre. Les hôpitaux de Goma et Beni croulent sous les urgences : fistules vésico-vaginales, grossesses forcées et traumatismes psychologiques. Les ONG comme Médecins Sans Frontières notent une hausse de 30% des cas en 2025, aggravée par la pauvreté et les déplacements.
Selon Me Daniella Nechi, les survivantes font face à des obstacles considérables, similaires à ceux rencontrés généralement par les victimes. « Dans notre région, le viol est banalisé et omniprésent. Les victimes ont peur de dénoncer leurs bourreaux pour éviter les représailles, le manque de moyens financiers pour engager une action en justice, l'absence de cours et de tribunaux dans certaines zones, ainsi que la peur d'être jugées et stigmatisées par la société. », souligne Me Nechi.
L' avocate propose d'identifier les lieux à haut risque : camps, centres collectifs, écoles, hôpitaux, prisons et de lancer des sensibilisations sur les VBG, leurs formes, les mécanismes de signalisation et la santé sexuelle reproductive. «Pour briser ce cycle, les leaders doivent d’abord accompagner les victimes ou survivantes par une prise en charge holistique, mener des campagnes de sensibilisation pour rompre le silence entourant le viol, et utiliser leur voix et leur pouvoir pour influencer un changement des normes favorisant l’impunité.» a-t-elle ajouté
Elle exhorte à mener des plaidoyers auprès des autorités compétentes pour une action conjointe, l'installation de systèmes d'alerte précoce, et un accompagnement holistique, en tenant compte de tous ses aspects interdépendants (médical, psychologique, socio-économique, sociale, juridique, ...) des survivantes par les leaders communautaires. Ces derniers doivent briser le silence par des campagnes et user de leur influence pour le changement des normes d'impunité, transformant ainsi les tragédies en justice, cohésion sociale et résilience.
Clotilde Mudosa
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