
Kinshasa abrite actuellement un rendez‑vous décisif pour l’avenir des institutions traditionnelles en République démocratique du Congo. Le Forum national des affaires coutumières, ouvert ce lundi 2 mars 2026, réunit chefs coutumiers, autorités étatiques et acteurs du développement autour d’un constat partagé : la nécessité de redonner un rôle moderne et structurant au pouvoir coutumier dans la gouvernance locale, la stabilité et la cohésion communautaire.
Place sous le thème : « Le renforcement de l’autorité coutumière, gage de la stabilité, du développement, de la sécurité et de la cohésion des communautés en RDC », cette rencontre nationale se veut un espace de réflexion stratégique où se croisent les expériences des terroirs et la vision du pouvoir central. Le vice‑Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a rappelé que l’objectif est de structurer et transformer les entités coutumières afin de faire d’elles des acteurs efficaces dans la gestion des affaires locales, la prévention des conflits et la mise en œuvre des politiques publiques.
Depuis le conseil des ministres de mars 2025, qui a validé l’organisation de ce forum, le gouvernement mise sur une réforme de fond du secteur coutumier, avec l’ambition de clarifier le statut des chefs, de mieux encadrer les dissensions foncières et de promouvoir l’intégration des peuples autochtones, notamment les communautés pygmées.
Dans son discours d’ouverture, le Président Félix Tshisekedi a insisté sur la nécessité de passer du cadre juridique à la pratique quotidienne. « L’enjeu aujourd’hui est de passer du texte à la gouvernance quotidienne », a‑t‑il souligné, appelant à moderniser les dispositifs normatifs liés à l’autorité coutumière, sans pour autant rompre avec les valeurs ancestrales.
Le Chef de l’État a aussi dénoncé les tentatives d’ingérence perçues dans l’Est du pays, où, selon lui, des forces d’agression tentent de remplacer les chefs coutumiers légitimes par des figures imposées qui n’appartiennent pas aux lignages locaux. « Aucune puissance, aucun groupe armé, aucune administration parallèle ne pourra effacer nos racines. Les terres de nos ancêtres ne sont pas des terrains de manœuvres géopolitiques », a‑t‑il martelé, réaffirmant ainsi le lien indissociable entre terres, lignages et souveraineté nationale.
Au‑delà de la dimension sécuritaire et institutionnelle, le forum met l’accent sur le rôle stratégique des chefs coutumiers dans les grands projets nationaux. Le vice‑ministre des Affaires coutumières, Jean‑Baptiste Ndenze, lui‑même une autorité traditionnelle, a plaidé pour une inclusion massive des entités coutumières dans le projet écologique « Couloir vert Kivu‑Kinshasa ». Selon lui, la réussite de ce projet de développement durable dépend largement de la capacitation des structures décentralisées opérationnelles, dont les chefs coutumiers constituent les rouages essentiels dans la gestion des territoires, des terres et des ressources naturelles.
Les travaux du forum abordent aussi des questions sensibles telles que le statut juridique des chefs, la gestion des conflits fonciers, la reconnaissance des droits des peuples autochtones et l’harmonisation des politiques sectorielles autour de la gouvernance coutumière. À l’issue de ces assises, le pouvoir central ambitionne de doter le pays d’une politique nationale des affaires coutumières, ainsi que d’une base de données fiable sur les entités coutumières, afin de faire de l’autorité traditionnelle un véritable pilier de la stabilité, de la paix et du développement local en RDC.
Hydrice Mande
Phone:
+243 828 116 545
Email:
lasourcemagazin@gmail.com
Adresse:
Avenue Mbemba, 24
Kinshasa - RDC
©La source Magazine
2026
