
La République démocratique du Congo poursuit l’ancrage de la masculinité positive dans ses politiques de promotion de l’égalité de genre et de prévention des violences faites aux femmes et aux filles. Cette dynamique, initiée à Kinshasa lors de la Conférence des hommes africains sur la masculinité positive du 25 novembre 2021, se traduit désormais par une stratégie nationale, une structure technique de coordination et la mobilisation d’ambassadeurs engagés dans les communautés.
La conférence de Kinshasa, organisée alors que Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo assumait la présidence en exercice de l’Union africaine, avait abouti à l’adoption de la Déclaration de Kinshasa et d’un appel à l’action. Ces textes invitaient notamment les dirigeants, les hommes et les garçons à participer davantage à la transformation des normes sociales et à la lutte contre les violences à l’égard des femmes et des filles.
En RDC, cette orientation a été intégrée dans la Stratégie nationale de promotion de la masculinité positive, connue sous le sigle SNPM+. Validée en juillet 2024 avec la participation de représentants des institutions, de la société civile, des organisations internationales, des communautés religieuses, des jeunes et des médias, cette stratégie ambitionne de faire de la masculinité positive un cadre d’action en faveur de l’égalité, de la responsabilité, de la non-violence et de la paix.
La stratégie cible les hommes et les garçons, mais également les femmes, les filles, les familles, les communautés et les institutions. Elle entend promouvoir des modèles relationnels qui rompent avec les comportements de domination, les stéréotypes de genre et la banalisation de la violence. Selon les objectifs présentés lors de sa validation, elle doit servir de référence pour les interventions menées sur l’ensemble du territoire national.
La mise en œuvre de cette vision est notamment accompagnée par la Cellule technique mixte de la masculinité positive (CTM+), coordonnée par Julienne Safi Kandolo. Cette structure travaille avec la cellule du ministère du Genre qui s'occupe de la question de la masculinité positive. Il s'agit d'une cellule technique relevant du ministère du Genre, Famille et Enfant, dans l'objectif de renforcer la sensibilisation, favoriser l’implication des hommes et des garçons et étendre les initiatives de promotion de la masculinité positive dans différents milieux sociaux.
La RDC a également institutionnalisé la Journée nationale de la masculinité positive, célébrée chaque 31 mars. La première édition s’est tenue le 31 mars 2025 à Kinshasa autour du thème : « Masculinité positive : une voie vers la paix et l’égalité homme-femme ». L’activité avait été organisée par la CTM+ en collaboration avec le ministère du Genre, Famille et Enfant.
Dans une analyse consacrée à cette évolution, Carlin Vese Pinzi, ambassadeur de la masculinité positive en RDC, estime que la mise en place de la SNPM+, de la CTM+ et des ambassadeurs constitue une chaîne d’actions allant de l’engagement continental aux initiatives communautaires. Il considère que l’enjeu principal demeure la transformation durable des comportements au sein des familles et de la société.
L’acteur communautaire salue particulièrement le rôle de Julienne Safi Kandolo à la tête de la CTM+. Il la présente symboliquement comme une « ministre de terrain » de la masculinité positive, une expression qui, précise-t-il, ne renvoie pas à une fonction gouvernementale, mais à son appréciation de son engagement dans la coordination et la vulgarisation de cette approche.
Selon Carlin Vese Pinzi, la promotion de la masculinité positive suppose aussi la reconnaissance du leadership féminin. Il estime que la participation des femmes est essentielle pour interroger les rapports de pouvoir, encourager l’égalité et accompagner les hommes ainsi que les garçons vers des pratiques relationnelles plus respectueuses. La désignation de douze ambassadeurs de la masculinité positive vise, de son côté, à amplifier le message dans les communautés et différents espaces de la vie sociale. Leur mission consiste notamment à promouvoir le respect, l’écoute, la dignité, la responsabilité et le rejet de la violence.
Pour les promoteurs de cette approche, le défi reste de transformer les orientations institutionnelles en pratiques quotidiennes. Il s’agit notamment d’encourager la coresponsabilité parentale, le dialogue au sein des couples, la protection des enfants, le respect de la dignité des femmes et le refus de la violence comme mode d’expression de l’autorité.
Clotilde Mudosa
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