RDC/Santé: Une crise sanitaire silencieuse aiguë menace l’Afrique, la résistance aux antimicrobiens

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) tire la sonnette d’alarme sur une urgence sanitaire globale, frappant tout particulièrement l’Afrique, en pleine semaine mondiale de sensibilisation à la résistance aux antimicrobiens (RAM) se tient du 18 au 24 novembre 2025.
En République Démocratique du Congo, la RAM cause déjà des milliers de décès annuels. Face à cette menace croissante, chaque acteur des soignants aux agriculteurs, en passant par les citoyens est appelé à agir pour préserver l’efficacité des traitements antimicrobiens et enrayer ce fléau.
Le ministre congolais de la Santé, Dr Roger Kamba, insiste lors d’un point presse à Kinshasa : « C’est une crise qui menace les progrès médicaux que nous avons accomplis. » La RAM survient lorsque les bactéries, virus ou parasites deviennent résistants aux médicaments comme les antibiotiques, rendant les traitements inefficaces.
Le rapport OMS 2025 révèle qu’une infection sur six présente une résistance, avec une augmentation annuelle de 5 à 15% depuis 2018. En 2021, ce phénomène est à l’origine d’environ 1,14 million de décès dans le monde, dépassant le paludisme ou le VIH. Si aucune action n’est engagée, 39 millions de morts sont prévues d’ici 2050.
L’Afrique subsaharienne subit le plus lourd fardeau, en raison de limites d’accès au diagnostic, de l’usage intensif d’antibiotiques en élevage — représentant plus de 70% de la consommation mondiale pour les animaux — et de conditions d’hygiène insuffisantes qui aggravent les risques.
En RDC, plus d’un quart des infections urinaires à Escherichia coli résistent déjà aux antibiotiques courants, selon GLASS-OMS. Cette situation est exacerbée par les conflits dans l’Est et la pauvreté persistante. En réponse, la RDC a adopté dès 2023 un plan national sous le cadre « One Health » promu par l’ONU, qui coordonne la santé humaine, animale et environnementale. Toutefois, l’implémentation reste lente : seuls 40% des hôpitaux sont équipés pour répondre à la menace.
Dans ce contexte, l’OMS et ses partenaires (FAO, UNICEF, WOAH) ont lancé des campagnes de sensibilisation en RDC, incluant des ateliers à Kinshasa et Goma visant à former 10 000 professionnels de santé. Les messages-clés se déclinent ainsi :Pour les particuliers : utiliser les antibiotiques uniquement sur prescription médicale et jusqu’à la fin du traitement, car l’arrêt prématuré favorise la résistance. Par exemple, ne pas s’automédiquer en cas de rhume d’origine virale; Pour les soignants : prescrire les antibiotiques judicieusement, en soulignant que seulement 30% des cas nécessitent un traitement bactérien, et promouvoir les tests rapides; Pour les agriculteurs : réduire l’usage d’antibiotiques en élevage par des pratiques d’hygiène améliorées, la vaccination et une alimentation saine. En RDC, 80% des exploitations agricoles abusent des antibiotiques pour accélérer la croissance des animaux.
Le suivi épidémiologique se renforce via GLASS, avec la RDC qui rapporte 80% de ses données, tandis que 20 millions USD ont été alloués en 2025 pour renforcer les laboratoires. À Bulape, une campagne de vaccination animale post-Ebola a permis une réduction de 15% de l’usage d’antibiotiques.
Le Directeur général de l’OMS, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, rappelle : « La résistance aux antimicrobiens progresse plus vite que la science. Il est urgent d’agir. » En Afrique, le Dr Janabi de l’OMS régional souligne l’importance d’investir dans les infrastructures de laboratoire et l’éducation afin d’assurer une prise en charge locale durable.
À Kinshasa, l’Ordre des médecins s’engage à réduire les prescriptions inutiles pour freiner la propagation de la résistance.Cette mobilisation collective apparaît comme un impératif crucial pour sauvegarder la vie des millions d’Africains et préserver les armes thérapeutiques contre les infections futures.
Valère Cikuru
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