
La controverse autour des fonds mobilisés pour combattre Ebola en République démocratique du Congo met en lumière un enjeu central de la riposte : savoir qui reçoit l’argent, comment il est utilisé et quels résultats il produit sur le terrain. L’Institut national de santé publique (INSP) affirme avoir mis en place un dispositif de suivi, mais reconnaît que toutes les organisations impliquées n’ont pas encore transmis leurs données.
Le débat a été relancé le 14 octobre, lorsque le directeur général du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), Jean Kaseya, a indiqué que les bailleurs avaient annoncé avoir décaissé environ 962 millions de dollars au profit des partenaires de mise en œuvre. Selon lui, seuls un peu plus de 200 millions de dollars avaient pu être documentés jusqu’aux structures actives sur le terrain, laissant plus de 700 millions de dollars à retracer.
Réagissant le 19 octobre, le directeur général de l’INSP, Dieudonné Mwamba Kazadi, a expliqué que les ressources destinées à la riposte, qu’elles proviennent de l’État ou des partenaires, sont suivies par son institution. Les organisations sont invitées à déclarer leurs engagements financiers, les montants effectivement perçus, les dépenses réalisées et les activités financées.
À ce stade, une trentaine de partenaires auraient déjà communiqué leurs informations. Les montants déclarés se situeraient entre 250 et 300 millions de dollars, dont un peu plus de 200 millions effectivement reçus. L’INSP estime qu’environ 100 millions de dollars ont déjà été dépensés, tandis qu’une somme comparable resterait disponible pour financer les activités du plan de deuxième génération.
Concernant les fonds non encore retracés, l’INSP demande aux bailleurs et aux partenaires concernés de fournir des éléments permettant d’identifier les bénéficiaires, les montants reçus et les dépenses effectuées. L’institut précise que sa démarche ne consiste pas à contester les déclarations d’Africa CDC, mais à établir une chaîne de responsabilité claire dans la gestion des ressources. Pour faciliter ce contrôle, un outil numérique a été mis à la disposition des partenaires. Il doit leur permettre de renseigner chaque semaine leurs engagements, les fonds reçus et les dépenses réalisées.
Des réunions hebdomadaires sont également organisées avec les équipes financières de certaines organisations, dont Africa CDC et l’Organisation mondiale de la santé. Pour l’INSP, la traçabilité financière ne relève pas seulement d’une exigence administrative. Elle conditionne la confiance entre le gouvernement, les bailleurs et les populations, alors que l’épidémie touche désormais huit provinces du pays.
La question reste toutefois sensible : une partie importante des ressources a été versée directement à des organisations internationales et à des ONG, sans transiter par le Trésor public. Tant que toutes les structures ne communiquent pas leurs données, l’écart signalé par Africa CDC continuera d’alimenter les interrogations sur l’efficacité et la redevabilité de la riposte.
Hydrice Mande
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