
Le deuxième vice‑président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo, fait face, après une courte trêve médiatique, à une motion de défiance déposée à l’encontre de son mandat. Lancée seulement 24 heures après sa prise de position publique contre toute révision de la Constitution, cette démarche intervient à neuf jours de la rentrée parlementaire de mars 2026 et réouvre brutalement les tensions internes au sein de l’Union sacrée de la nation
Initiée par le sénateur Dany Kabongo Bondanya, la motion de défiance vise à sanctionner la position affichée, mercredi 04 Mars par Bahati Lukwebo, qui s’était opposé sans détour à l’idée de changer ou de modifier la loi fondamentale du pays. Selon le sénateur detractor, les propos du président national de l’AFDC‑A seraient « pas du tout corrects » et traduiraient un « manque de respect » à l’égard du président de la République, Félix Tshisekedi, qu’il qualifie d’« autorité morale » de la plateforme politique.
Bahati Lukwebo, à la fois deuxième vice‑président du Sénat troisième institution de la République et membre du présidium de l’Union sacrée de la nation, est accusé, selon Kabongo, de ne pas avoir consulté ni institutionnellement ni politiquement le Chef de l’État avant de s’exprimer publiquement.
« Lui, comme membre du présidium de l’Union sacrée et titulaire d’un poste important au sein du Sénat, devait au préalable se référer à l’autorité morale du président de la République avant de faire une déclaration de cette nature », a expliqué le sénateur, ajoutant qu’il détaillera plus largement ses griefs lors d’une sortie médiatique prévue le lendemain.
La polémique trouve son origine dans la conférence de presse de mercredi, lors de laquelle Bahati Lukwebo avait affirmé que la Constitution, en tant que texte, « n’est pas le problème » de la RDC. Selon lui, ce sont les hommes au pouvoir qui, faute d’appliquer correctement les normes existantes, empêchent le pays de progresser.
Il avait ainsi qualifié le débat sur une éventuelle révision constitutionnelle de « faux problème », appelant ceux qui soutiennent ce projet à se concentrer plutôt sur la satisfaction des attentes de la population, plutôt que sur une réécriture de la loi fondamentale. Une position explicitement opposée à l’ambition de plusieurs ténors de l’Union sacrée, dont le secrétaire général de l’UDPS, Déo Bizibu, qui considère cette prise de position comme contraire à la vision globale de la plateforme gouvernementale.
Le coup de gueule de Bahati a déclenché une réaction rapide au sein de la majorité parlementaire. D’autres caciques de l’Union sacrée rejoignent Dany Kabongo pour dénoncer une sortie jugée « dissipatrice » et potentiellement incompatible avec la discipline de la coalition au pouvoir.
Pour certains analystes, cette motion de défiance, déposée à quelques jours seulement de la session de mars, illustre la fragilité interne de la majorité et la sensibilité du débat constitutionnel, alors que le pays brûle de se poser la question de la réforme de ses institutions.
À ce stade, la démarche de Kabongo reste une initiative parlementaire en cours de consultation, et non une décision de limogement automatique. Mais le message est clair : au Sénat, comme ailleurs, la position de Bahati Lukwebo sur la Constitution vient de coûter cher à sa tranquillité politique.
Hydrice Mande
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