
Dans une lettre ouverte publiée ce 30 juin 2026, le prix Nobel de la Paix, le Dr Denis Mukwege, dresse un bilan particulièrement critique de la gestion du pouvoir en République Démocratique du Congo. Dès l'entame de son courrier, l'auteur écarte tout esprit de célébration à l'occasion de la fête nationale, décrivant une nation en proie à une « crise existentielle » et menacée par des risques de balkanisation. Le Dr Mukwege revient sur les conditions de l'accession au pouvoir du Président en 2019, qu'il qualifie d'« arrangement politique opaque », avant d'exprimer sa déception quant à l'évolution de la coalition au pouvoir, l'Union Sacrée, qu'il juge davantage préoccupée par des intérêts partisans que par une vision nationale.
Le signataire pointe du doigt une absence de volonté politique concernant la justice transitionnelle, reprochant au chef de l'État de ne pas avoir concrétisé ses promesses relatives à la création d'un Tribunal pénal spécial pour les crimes commis en RDC, notamment ceux documentés dans le Rapport Mapping. Cette critique s'étend au domaine sécuritaire, où le Dr Mukwege qualifie l'état de siège, instauré en 2021 et prolongé depuis, d'un "échec patent". «Quand vous avez décrété l’état de siège en avril 2021, j’avais alerté sur le fait que cette mesure exceptionnelle qui restreint les droits et les libertés fondamentales n’avait pas vocation à durer dans le temps, pourtant cet état de siège a été renouvelé jusqu’à ce jour, et a paradoxalement contribué à une détérioration de la situation sécuritaire, à une augmentation du nombre de victimes civiles et à une détérioration alarmante de la situation des droits humains. Il faut dire que votre choix de nommer des gouverneurs militaires dont le passé est répertorié dans le Rapport Mapping de l’ONU ne plaçait pas cette mesure sous des auspices prometteurs », peut-on lire dans la lettre.
L'analyse du Dr Mukwege s'élargit à la politique étrangère, qu'il qualifie de stratégie de « pyromane-pompier ». Il dénonce l'externalisation de la sécurité nationale via des accords bilatéraux avec les armées ougandaise et burundaise, une approche qui, selon lui, a favorisé l'internationalisation du conflit et la résurgence du M23. « J’avais exprimé en temps utile mon inquiétude que cette politique d’externalisation de la sécurité nationale par les acteurs de la déstabilisation du pays s’apparentait à une stratégie de pyromane-pompier. Cet amateurisme dangereux a largement contribué à l’internationalisation du conflit à la sous-région avec la résurgence du M23 et la énième guerre illégale d’agression et d’occupation de l’armée rwandaise qui perdure jusqu’à ce jour. Consécutivement à cette guerre d’agression, vous avez multiplié à tort des initiatives de résolution des conflits sans aucune coordination ni vision (EAC, SADC, UA, Luanda, Doha, Washington, etc.) créant davantage de confusion que de pacification», poursuit-il dans la note.
Mukwege met en garde contre une réforme constitutionnelle inopportune, suggérant que les échecs politiques et sanitaires actuels pourraient être une stratégie délibérée visant à précipiter l'effondrement de la nation au profit d'agresseurs étrangers. «Je vous conjure une fois de plus à ne pas toucher à notre Constitution et à ne pas compromettre encore davantage l’unité et la cohésion nationale en initiant un référendum dans un contexte où plus de 10 millions de citoyens ne pourraient pas exercer leurs droits politiques et où l’épidémie d’Ébola sévit, fauchant des centaines des vies de nos compatriotes. Il serait difficile de croire que cette longue série d’erreurs diplomatiques et politiques ne soit pas préméditée pour nous mener à une implosion irréversible, tant souhaitée par nos agresseurs», exhorte-il.
Il s'interroge sur les priorités réelles du gouvernement, en particulier suite au retrait de la MONUSCO et à la signature d'un accord économique avec le Rwanda en 2021 pour l'exploitation des minerais du Kivu. Pour l'auteur, ces décisions fragilisent l'intégrité territoriale et la souveraineté du pays. Dans ce courrier, il exhorte le pouvoir à redynamiser l'Accord-Cadre d'Addis-Abeba et à engager des réformes structurelles urgentes, notamment au sein de l'armée, de la police et des services de renseignement.
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