
Dans un contexte où la représentation des femmes en politique demeure insuffisante en RDC, il est essentiel de comprendre les racines profondes de cette problématique. Carlin Veste Pinzi, sociologue et ambassadeur de la Masculinité Positive en République Démocratique du Congo, met en lumière l'impact des normes de genre sur la socialisation des individus dès leur enfance.
Le défi de l'inégalité des genres ne peut être attribué uniquement à un manque d'opportunités ou à des choix individuels. Selon Pinzi, les normes de genre dominantes, qui conditionnent les comportements tant des hommes que des femmes, jouent un rôle central. Les sociétés patriarcales tendent à socialiser les femmes pour qu'elles ne se voient pas dans des rôles de pouvoir, renforçant ainsi un cercle vicieux d’autodoute et de dévalorisation. Ce phénomène nécessite une réflexion approfondie sur la manière dont les individus sont formés à percevoir leur place dans la société.
« Le problème de la faible représentation des femmes en politique ne peut pas être réduit à un manque d’opportunités ou simplement à des questions de volonté individuelle. C'est profondément enraciné dans les normes de genre dominantes qui façonnent à la fois les comportements des hommes et des femmes dès leur plus jeune âge. La socialisation des genres, cette manière dont les individus, hommes et femmes, sont conditionnés dès l’enfance par des normes et attentes sociétales. Les femmes, en particulier, sont souvent socialisées à ne pas occuper de postes de pouvoir ou de décision, car les sociétés patriarcales les considèrent souvent comme moins compétentes ou moins capables dans ces rôles. Ce phénomène crée un cercle vicieux, où les femmes elles-mêmes peuvent parfois douter de leurs capacités ou se trouver dévalorisées dans des sphères de pouvoir », a déclaré Carlin Pinzi.
Selon lui, un aspect crucial de la transformation réside dans le rôle des hommes. Il a souligné que travailler avec les garçons et les hommes est indispensable pour défaire les stéréotypes qui perpétuent l'inégalité. Les initiatives de masculinité positive, comme celles proposées par RHEEG-RDC, visent à éveiller la conscience des hommes sur leur rôle dans la lutte contre les inégalités. En repensant la masculinité, il est possible de promouvoir des modèles d’hommes qui soutiennent l’égalité et respectent les droits des femmes, créant ainsi des communautés d'hommes engagés en faveur de la justice sociale.
Les normes sexospécifiques, souvent nuisibles, doivent être remises en question. L’accès à l’éducation et aux positions politiques ne suffit pas ; il est impératif de transformer la perception que chaque individu a de sa place dans la société. Les femmes doivent non seulement bénéficier d'opportunités, mais également être encouragées et soutenues dans leur quête d’égalité. C'est ici qu'intervient la notion de féminité positive, qui doit aller de pair avec la masculinité positive.
Pinzi souligne que les traditions et idéologies seraient à la base des stéréotypes et renforceraient les inégalités. « Les " animateurs" du système, qu'ils soient hommes ou femmes, sont produits par leur trajectoire de vie et leur socialisation. Le système en lui-même n’est pas l’ennemi ; ce sont les pratiques, les idéologies et les traditions véhiculées à travers les générations qui renforcent les inégalités. Le changement doit se faire au niveau de cette socialisation, pour permettre à la fois aux femmes et aux hommes de se libérer des contraintes imposées par la culture patriarcale et de réinventer des rôles plus égalitaires et respectueux », a-t-il insisté.
La réflexion de Carlin Veste Pinzi souligne l'importance d'une approche systémique et inclusive dans la lutte pour l'égalité des genres. En intégrant des dimensions socio-éco-responsables, il est possible de créer un équilibre entre les droits des hommes et des femmes, tout en respectant l'environnement et le bien-être collectif. Pour transformer en profondeur les mentalités et améliorer la qualité des systèmes sociaux et politiques, il est impératif d'impliquer tous les acteurs de la société dans cette quête d'égalité.
Clotilde Mudosa
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