
En marge de la journée internationale du café et du cacao, l’Office national des produits agricoles du Congo (ONAPAC) en collaboration avec le ministère de l'Agriculture et sécurité alimentaire a organisé une rencontre nationale des opérateurs des filières café et cacao ce mardi 06 Octobre à Kinshasa. L’activité a également marqué le lancement de la nouvelle campagne agricole, placée sous le thème « Le café et le cacao font partie de la solution aux défis mondiaux », et a été dominée par le déploiement d’un processus national de géolocalisation des emblavures de cultures pérennes.
Dans son intervention, la directrice générale de l’ONAPAC, Mimy Monga Numbi, a présenté ce processus comme une étape essentielle pour structurer le secteur. « Ce rassemblement de ce jour constitue une étape essentielle, une véritable boussole qui nous indique résolument la voie vers l’effectivité de la géolocalisation des emblavures des cultures pérennes sur toute l’étendue du territoire national », a-t-elle affirmé.
Selon elle, cette technologie permettra à l’État de suivre l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production à la transformation, en passant par la consommation locale et l’exportation, chaque maillon devenant mesurable, traçable et valorisé. « Cette campagne placée sous le thème “Le café et le cacao font parties de la solution” rappelle que nos filières agricoles sont au cœur des réponses d’avenir. Une solution pour la prospérité de nos familles rurales et pour la compétitivité de nos entreprises», a souligné la DG de l’ONAPAC. Elle a appelé à une mobilisation totale pour sécuriser et pérenniser les filières des cultures pérennes congolaises, qu’elle décrit comme les moteurs de la création des richesses pour les ménages, les entreprises et le pays.
De son côté, le ministre de l’Agriculture et Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi Butondo a replacé cette dynamique dans la vision présidentielle de « revanche du sol sur le sous-sol » et dans l’impératif de professionnalisation du secteur. « Désormais le Gouvernement joue un rôle d’accompagnement. Nous, on accompagne, mais le secteur agricole doit être professionnalisé. Et tous ceux qui y travaillent doivent être à la recherche de la rentabilité », a-t-il déclaré.
Le ministre a insisté sur la contrainte européenne, qui structure toute la réforme en cours. « L’Union européenne n’achètera plus le café et le cacao issus de la déforestation. Nous sommes obligés d’être conforme à notre plus grand marché, c’est l’Union européenne », a-t-il rappelé. Il a plaidé pour un schéma unifié de collecte et de validation des données, sous supervision de son département. L’objectif, selon lui, est de mettre en place une centrale numérique qui contrôle l’ensemble des données réunies par territoire et par secteur économique, afin de permettre au ministre, au niveau national, de valider tous les dossiers.
Sur le plan opérationnel, le gouvernement a lancé une vaste campagne de distribution gratuite de plantules de café, de cacao et de palmier à huile dans plusieurs provinces, en ciblant prioritairement les terres déjà dégradées. « Nous sommes déjà présents dans 95 territoires et, dans chaque territoire, nous installons 250 000 plantules, dont 50 000 de palmier à huile et 200 000 de café et de cacao », a indiqué le ministre, qui vise 200 000 hectares de cacao dans cinq ans.
Pour le café, l’ambition est de reprendre leur place parmi les trois premiers producteurs africains, cinquante ans après avoir occupé la première position. La lutte contre la fraude, notamment les exportations informelles vers les pays voisins, est présentée comme un levier clé. Le ministre a révélé que, selon ses estimations, plus de 4 000 tonnes de café ont été exportées en fraude la saison passée vers l’Ouganda.

Pour inciter les provinces à s’impliquer, il a annoncé la signature d’un arrêté officialisant une quote-part des recettes de l’ONAPAC reversée aux provinces, présentée comme une prime qui incite la province dans la lutte contre la fraude. Le ministre a également lié la relance des filières café-cacao à la dynamique plus large de reconstruction des infrastructures. « Si autour de cette route-là, les camions peuvent venir avec les marchandises et retourner retourner avec le café, le cacao. Et ça, ça sera de la richesse créée au niveau de la population », a-t-il illustré.

Du côté de l’ONAPAC, l’appel est à la synergie entre services étatiques, secteur privé, coopératives et partenaires, afin de produire des rapports de diligence raisonnée irréprochables et de garantir l’accès durable des productions congolaises aux marchés internationaux. Au-delà des orientations politiques, plusieurs acteurs de la filière ont présenté, en marge de la rencontre, une proposition de programme national de traçabilité et de conformité au règlement européen sur la déforestation (EUDR) pour le café et le cacao. Leur ambition : permettre à la RDC de disposer, d’ici trois mois, d’un patrimoine géolocalisé et exploitable avant la fin du moratoire européen prévu en janvier 2027.
Le système proposé, baptisé AgriMap, n’est pas conçu comme une nouvelle application, mais comme une architecture fédératrice capable de consolider les données déjà produites par les entreprises et coopératives. « Le véritable danger n’est pas de créer une nouvelle application, mais de pouvoir fédérer toutes ces données qui existent afin que l’État soit en mesure de répondre », a souligné l’un des présentateurs. Cette proposition, déjà soumise au ministère de l’Agriculture, fait l’objet de discussions avec les autorités et les parties prenantes.
Clotilde Mudosa
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