
La République démocratique du Congo entre de plain‑pièd dans la course à la direction de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Le 26 février 2026, à Kinshasa, le gouvernement congolais a officiellement annoncé la candidature de Juliana Amato Lumumba au poste de Secrétaire générale de l’institution francophone, un choix que les autorités présentent comme un signal politique clair sur la place qu’entend désormais occuper la RDC dans l’espace francophone.
À travers cette désignation, la RDC affirme sa volonté de peser davantage dans les orientations futures de l’OIF. Dans un communiqué, le ministère de la Communication et Médias souligne que cette candidature s’inscrit dans une vision de modernisation et de rapprochement de la Francophonie avec les peuples. Le gouvernement congolais souhaite une organisation plus inclusive, plus proche des réalités africaines, et mieux à même de soutenir les transitions économiques, culturelles et numériques du continent.
L’annonce a été faite par Crispin Mbadu Phanzu, ministre délégué près la ministre d’État des Affaires étrangères, en charge de la Francophonie et de la diaspora congolaise. Selon lui, Juliana Amato Lumumba incarne une Francophonie renouvelée, où les femmes, la jeunesse et la coopération Sud‑Sud occupent une place centrale. Cette candidature est aussi perçue comme une manière de porter la voix de l’Afrique centrale au sein de l’institution francophone.
Juliana Amato Lumumba, née le 25 janvier 1955, est une personnalité connue sur les scènes panafricaine et internationale. Fille du premier Premier ministre de l’indépendance de la RDC, Patrice Émery Lumumba, elle porte un héritage politique et symbolique particulièrement chargé, que le gouvernement met explicitement en avant dans son argumentaire.
Après des études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, elle entame une carrière dans la gouvernance publique. Elle occupe notamment le poste de ministre de la Culture et des Arts entre 1998 et 2001, où elle impulse des politiques de valorisation du patrimoine congolais et de promotion de la diplomatie culturelle. Elle contribue à inscrire la culture congolaise dans les circuits internationaux, tout en renforçant les liens entre artistes, intellectuels et institutions.
Son parcours ne se limite pas à la sphère publique. Dans le secteur privé, elle fonde et dirige plusieurs entreprises spécialisées dans le conseil, la communication et le commerce international, ce qui lui permet de développer une lecture fine des dynamiques économiques africaines et des enjeux de la compétitivité continentale. De 2007 à 2015, elle est secrétaire générale de l’Union des chambres de commerce africaines, basée au Caire, un poste clé qui lui donne une solide expertise en matière d’intégration économique régionale et de coopération entre acteurs économiques africains..
Depuis 2015, Juliana Amato Lumumba se positionne également comme conférencière internationale sur des thèmes tels que l’entrepreneuriat africain, le leadership féminin, l’intégration continentale et les nouveaux modèles de développement. Elle intervient régulièrement dans des forums panafricains et multilatéraux, où elle plaide pour une plus grande inclusion des femmes dans les décisions économiques et politiques, ainsi que pour un renforcement des synergies entre États et secteur privé.
Ses appuis politiques insistent sur son profil multilingue (français, anglais, arabe, lingala, swahili) comme un atout décisif pour diriger une organisation inscrite dans la diversité linguistique et culturelle de ses États membres. Sa capacité à naviguer entre les sphères politiques, diplomatiques et économiques, et à relier les réalités locales aux enjeux internationaux, en fait, selon eux, une candidate crédible pour moderniser la Francophonie.
Au‑delà des compétences, la candidature de Juliana Amato Lumumba revêt une dimension symbolique forte. En associant son nom à celui de Patrice Lumumba, elle renvoie à une histoire de lutte pour la souveraineté et la dignité africaine, ce qui peut parler à de nombreux pays membres de l’OIF. La RDC mise sur cette combinaison d’héritage historique, d’expérience de terrain et de vision panafricaine pour obtenir des soutiens dans la prochaine séquence élective de l’OIF.
La période de dépôt des candidatures au poste de Secrétaire générale s’achève le 3 avril 2026, ouvrant ensuite une phase de consultations diplomatiques entre États membres. Les semaines à venir seront cruciales pour mesurer la portée réelle de la candidature de Juliana Amato Lumumba et pour comprendre comment la RDC entend transformer son annonce en influence concrète au sein de la Francophonie.
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